{"id":19832,"date":"2018-01-02T21:51:47","date_gmt":"2018-01-02T20:51:47","guid":{"rendered":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/?p=19832"},"modified":"2025-09-01T16:53:43","modified_gmt":"2025-09-01T14:53:43","slug":"lu-dans-le-monde-le-gypa-te-barbu-de-retour-dans-les-alpes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/?p=19832","title":{"rendered":"Lu dans le Monde \u00ab\u00a0Le gypa\u00e8te barbu de retour dans les Alpes\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/3051fc721956-1vjwheubra4.jpg\" alt=\"\" title=\"Un gypa\u00e8te barbu (Gypaetus barbatus) immature dans les Alpes. NOEL REYNOLDS \/ CC BY 2.0\" class=\"imagecache-original\"><\/p>\n<div class=\"source\"><a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/planete\/article\/2018\/01\/02\/le-casseur-d-os-de-retour-dans-les-alpes_5236592_3244.html\">LE MONDE<\/a> | 02.01.2018 \u00e0 06h32 | Par Richard Schittly (Lyon, correspondant)<\/div>\n<p>Distinguer le cercle rouge de l\u2019\u0153il per\u00e7ant du gypa\u00e8te barbu en plein vol : le r\u00eave de tout ornithologue est d\u00e9sormais \u00e0 port\u00e9e de regard. Alors qu\u2019il avait totalement disparu du paysage, ce rapace majestueux s\u2019installe de nouveau dans les Alpes fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Lanc\u00e9e il y a trente ans par un petit groupe de passionn\u00e9s, la mobilisation sans pr\u00e9c\u00e9dent pour sa r\u00e9introduction se poursuit aujourd\u2019hui dans un programme europ\u00e9en de d\u00e9fense de l\u2019environnement. On d\u00e9nombre actuellement trois cents gypa\u00e8tes dans tout l\u2019arc alpin, dont quarante-deux couples reproducteurs et treize poussins envol\u00e9s en 2017.<\/p>\n<p>Ce qui fait dire aux sp\u00e9cialistes que l\u2019esp\u00e8ce est sauv\u00e9e\u2026 \u00ab A condition de continuer \u00e0 travailler dans la concertation internationale \u00bb, s\u2019empresse de souligner Jos\u00e9 Tavares, directeur de la Vulture Conservation Foundation. Pr\u00e9sent \u00e0 la rencontre internationale sur le gypa\u00e8te, organis\u00e9e mi-novembre \u00e0 Passy, en Haute-Savoie, ce sp\u00e9cialiste mondial des vautours, qui a notamment particip\u00e9 au retour du condor aux Etats-Unis, estime que la sauvegarde du gypa\u00e8te dans les Alpes constitue un exemple unique.<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 reconstituer une vraie m\u00e9tapopulation europ\u00e9enne, qui se distribue de l\u2019Autriche au Mercantour, expose-t-il. C\u2019est une histoire tr\u00e8s belle mais rare. Les vautours sont soumis \u00e0 une pression extr\u00eame, ce sont les animaux parmi les plus menac\u00e9s sur Terre, ils sont les premiers \u00e0 subir les effets environnementaux de l\u2019activit\u00e9 humaine. \u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00ab Symbole de mal\u00e9fice \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le plus grand vautour d\u2019Europe, dont l\u2019envergure peut atteindre trois m\u00e8tres, fascine. Sa fa\u00e7on de l\u00e2cher du ciel les os d\u2019animaux morts, pour les ouvrir tels des noix, lui a valu le surnom de \u00ab casseur d\u2019os \u00bb. Mais de terribles l\u00e9gendes lui sont aussi attribu\u00e9es, comme celles de pousser les vaches dans les pr\u00e9cipices ou d\u2019enlever les enfants.<\/p>\n<p>Une loi de 1902 pour d\u00e9fendre les \u00ab animaux utiles \u00bb avait dress\u00e9 la liste des pr\u00e9sum\u00e9s \u00ab nuisibles \u00bb, dont ce rapace barbu, et accordait des primes \u00e0 ceux qui rapportaient sa d\u00e9pouille ou ses \u0153ufs. R\u00e9sultat : en 1920, l\u2019oiseau \u00e9tait \u00e9radiqu\u00e9 des Alpes fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>\u00ab On le trouve dans de vieux textes : chez Pline l\u2019Ancien, il est symbole de mal\u00e9fice ; au XIXe si\u00e8cle, les chasseurs allemands l\u2019appellent \u00e0 tort le \u201cvautour des agneaux\u201d ; des v\u00e9t\u00e9rinaires fran\u00e7ais ont cru qu\u2019il mangeait les vaches du fait d\u2019os trouv\u00e9s \u00e0 l\u2019autopsie dans son estomac, une erreur scientifique colossale \u00bb, relate Jean-Fran\u00e7ois Terrasse, 83 ans. Pharmacien \u00e0 Paris, cet ancien directeur scientifique du WWF a fait partie des pionniers bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 sauver le gypa\u00e8te.<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1970, Gilbert Amigues, fonctionnaire de la direction d\u00e9partementale de l\u2019agriculture de la Haute-Savoie, se met en t\u00eate de le r\u00e9introduire en France. Il part chercher des oiseaux en Afghanistan et en Russie. On raconte qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s par valise diplomatique, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entremise d\u2019un diplomate savoyard. Onze gypa\u00e8tes sont alors \u00e9lev\u00e9s en voli\u00e8re. Sur les quatre rel\u00e2ch\u00e9s, un oiseau est tir\u00e9 au fusil. Mais les trois autres sont aper\u00e7us entre la Savoie et le val d\u2019Aoste en Italie.<\/p>\n<p><strong>En France, un premier l\u00e2cher en 1987<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab A partir de l\u00e0, on s\u2019est dit qu\u2019il pouvait revenir, qu\u2019il pourrait se d\u00e9brouiller pour trouver sa place, qu\u2019on n\u2019allait pas l\u2019aider artificiellement \u00bb, se souvient Roger Est\u00e8ve, nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate d\u2019une agence sp\u00e9cialement cr\u00e9\u00e9e pour conduire le projet. \u00ab Nous avons cess\u00e9 de chercher les derniers sp\u00e9cimens de la nature et avons ratiss\u00e9 tous les zoos du monde, jusqu\u2019\u00e0 Tel-Aviv, raconte-t-il. Le but \u00e9tait d\u2019\u00e9lever les gypa\u00e8tes en captivit\u00e9 pour constituer une population reproductrice de base. \u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019autre bout des Alpes, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, Hanz Frey, v\u00e9t\u00e9rinaire autrichien, trouve le moyen de constituer des couples reproducteurs gr\u00e2ce \u00e0 de fines observations scientifiques. Le vieil homme se souvient : \u00ab Nous sommes all\u00e9s sauver l\u2019esp\u00e8ce dans les zoos ; les oiseaux, venus d\u2019Asie, repr\u00e9sentaient le dernier groupe vivant. Le zoo d\u2019Innsbruck a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant. \u00bb<\/p>\n<p>Le premier centre d\u2019\u00e9levage est construit en alpage, chez un berger de la commune du Reposoir, dans les Aravis. Vingt-sept oiseaux sont regroup\u00e9s. Un nid est m\u00eame construit dans une grotte pour faire grandir les premiers poussins, \u00e9quip\u00e9 d\u2019une goulotte pour leur jeter la nourriture sans contact direct. Des b\u00e9n\u00e9voles se relaient jour et nuit pendant des mois.<\/p>\n<p>Le premier l\u00e2cher de gypa\u00e8tes a lieu en 1987. La premi\u00e8re nidification spontan\u00e9e se produit dix ans plus tard, avec la naissance du bien nomm\u00e9 Ph\u0153nix. \u00ab La maturit\u00e9 sexuelle de l\u2019esp\u00e8ce n\u2019arrive que vers 6 ans, l\u2019oiseau vit longtemps sans trop se soucier de faire des petits \u00bb, explique M. Terrasse.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Un puissant effet f\u00e9d\u00e9rateur \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Au d\u00e9but, il fallait les cacher, puis, progressivement, le gypa\u00e8te a retrouv\u00e9 sa notori\u00e9t\u00e9 \u00bb, t\u00e9moigne Jean-Pierre Blanchet, ancien maire de la commune. A pr\u00e9sent, le rapace au plumage contrast\u00e9 plane des heures durant dans le ciel des Alpes, passant d\u2019une vall\u00e9e \u00e0 l\u2019autre sans un battement d\u2019ailes.<\/p>\n<p>\u00ab A la diff\u00e9rence de l\u2019aigle, qui tient ses distances, [le gypa\u00e8te] est curieux, il peut s\u2019approcher de l\u2019homme, d\u00e9crit Jean-Luc Danis, photographe qui a suivi l\u2019oiseau durant quinze ans. On le croit pataud ; pourtant, dans les combats a\u00e9riens, il est tr\u00e8s fort. \u00bb<\/p>\n<p>Des actions similaires se multiplient en Autriche, en Suisse, en Italie, en Espagne. \u00ab Le gypa\u00e8te a un puissant effet f\u00e9d\u00e9rateur. Parce qu\u2019il est difficile \u00e0 prot\u00e9ger, parce qu\u2019il vit dans des conditions extr\u00eames et qu\u2019il suscite l\u2019admiration des montagnards \u00bb, estime Martine Razin, coordonnatrice du suivi du gypa\u00e8te dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, o\u00f9 la population est pass\u00e9e de sept \u00e0 quarante-quatre couples en quarante ans. \u00ab Le gypa\u00e8te symbolise une belle expression de l\u2019Europe. Nous n\u2019avons pas regard\u00e9 les fronti\u00e8res, nous voulions juste tout faire pour sauver l\u2019oiseau \u00bb, assure Jules Heuret, b\u00e9n\u00e9vole de la premi\u00e8re heure, qui travaille aujourd\u2019hui au sein d\u2019Asters, un conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie.<\/p>\n<p>L\u2019association met d\u00e9sormais en \u0153uvre le projet \u00ab Life Gyphelp \u00bb, financ\u00e9 par le programme \u00ab Life \u00bb de l\u2019Union europ\u00e9enne. Ce plan d\u2019action \u2013 au budget de 1,8 million d\u2019euros sur la p\u00e9riode 2014-2018, compl\u00e9t\u00e9 par des subventions de collectivit\u00e9s locales \u2013 permet la construction d\u2019un nouveau centre d\u2019\u00e9levage \u00e0 Domancy, dans la vall\u00e9e de l\u2019Arve.<\/p>\n<p><strong>Actuellement r\u00e9introduit dans le Massif central<\/strong><\/p>\n<p>Des conventions sont \u00e9labor\u00e9es avec les guides de haute montagne pour lib\u00e9rer certaines falaises propices \u00e0 son d\u00e9veloppement. \u00ab Au d\u00e9but, \u00e7a nous a chagrin\u00e9s : l\u2019escalade, c\u2019est notre passion et notre gagne-pain. On n\u2019a pas eu vraiment le choix, mais \u00e7a nous aurait emb\u00eat\u00e9s de ne pas le faire, on a \u00e9t\u00e9 contents de jouer le jeu \u00bb, confie Jean-Fran\u00e7ois Exertier, responsable de la compagnie des guides du Grand-Bornand.<\/p>\n<p>Une autre convention est pass\u00e9e avec la f\u00e9d\u00e9ration des chasseurs de Haute-Savoie permettant d\u2019exp\u00e9rimenter des munitions sans plomb, car le gypa\u00e8te est menac\u00e9 de saturnisme \u00e0 cause des gibiers touch\u00e9s par les projectiles classiques. D\u2019autres partenariats sont men\u00e9s avec les stations de ski, avec Enedis (ex-EDF) ou R\u00e9seau de transport d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, pour \u00e9quiper c\u00e2bles et lignes \u00e9lectriques de sph\u00e8res color\u00e9es afin d\u2019\u00e9viter les percussions fatales aux grands oiseaux.<\/p>\n<p>Le gypa\u00e8te est actuellement r\u00e9introduit dans le Massif central. Ce pont entre Alpes et Pyr\u00e9n\u00e9es, gage de brassage g\u00e9n\u00e9tique, est d\u00e9terminant pour assurer sa survie. \u00ab A travers le gypa\u00e8te, beaucoup de partenaires sont mobilis\u00e9s, mais on manque de visibilit\u00e9, on pourrait mieux coordonner les multiples actions de biodiversit\u00e9 dans les Alpes \u00bb, analyse Eric Fournier, maire de Chamonix, vice-pr\u00e9sident de la r\u00e9gion Auvergne-Rh\u00f4ne-Alpes, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Plus d\u2019efficacit\u00e9, d\u2019accord, \u00e0 condition de ne pas perdre l\u2019essentiel, pr\u00e9viennent les d\u00e9fenseurs de l\u2019oiseau. \u00ab Le gypa\u00e8te est une esp\u00e8ce \u201cparapluie\u201d, continuer \u00e0 le pr\u00e9server, c\u2019est am\u00e9liorer le sort de bien d\u2019autres esp\u00e8ces, et pas seulement des oiseaux \u00bb, rappelle Jos\u00e9 Tavares.<\/p>\n<p>En savoir plus sur <a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/planete\/article\/2018\/01\/02\/le-casseur-d-os-de-retour-dans-les-alpes_5236592_3244.html\">http:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2018\/01\/02\/le-casseur-d-os-de-retour-dans-les-alpes_5236592_3244.html#JodsDfMJqdBiE0eI.99<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE MONDE | 02.01.2018 \u00e0 06h32 | Par Richard Schittly (Lyon, correspondant) Distinguer le cercle rouge de l\u2019\u0153il per\u00e7ant du gypa\u00e8te barbu en plein vol : le r\u00eave de tout ornithologue est d\u00e9sormais \u00e0 port\u00e9e de regard. Alors qu\u2019il avait totalement disparu du paysage, ce rapace majestueux s\u2019installe de nouveau dans les Alpes fran\u00e7aises. Lanc\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":19828,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-19832","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-rencontres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19832","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=19832"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19832\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32703,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19832\/revisions\/32703"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/19828"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19832"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19832"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/preprod-cna.lpo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19832"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}